Ecriture en vol libre n°1 (proposition de textes)

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Ecriture en vol libre n°1 (proposition de textes)

Message par Berangere le Dim 19 Oct - 9:40

Cette idée d'écriture collective vient de Carca. Dans ce challenge, le principe est simple : initier, continuer, finaliser ... Il s'agit de collaborer à l'écriture d'une histoire en poursuivant ce qui a été écrit à la suite par les autres membres.
Aucune contrainte stylistique, mais il est primordial de respecter la cohérence générale du texte et d'inclure les informations données par les scripteurs précédents, bref de suivre le chemin des mots...
Carca comme tu es l'initiateur de ce challenge, souhaites-tu commencer et nous proposer une petite situation initiale...?


Dernière édition par Berangere le Mer 3 Déc - 14:05, édité 2 fois
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Re: Ecriture en vol libre n°1 (proposition de textes)

Message par Carca le Mer 29 Oct - 16:04

Ma mère agitait tous les soirs ses longs bras dans le vent, martelant de son rire les bourrasques électriques qui soulevaient sa robe et s'y engouffraient comme des chatouillis d'étoiles qu'elle accueillait comme ses enfants.
Ma mère était malade. Elle aimait la corniche et son prolongement. .. Cela faisait des mois que ses grands yeux lumineux ne voyaient plus que le vide et l'écume blanche qui écorchait la plage en contrebas. Quelquefois,  elle reculait, à deux petits pas du bord, en grelottant. Elle s'accrochait alors aux arbres, du regard,  cramponnée comme une vilaine méduse échouée sur un rocher. Puis elle revenait,  chancelante,  vers ce même bord. Elle ne grimaçait  plus, au contraire, elle appelait le vide avec délectation,  elle parlait de caresse, de plaisir,  de grand moment de joie. Elle hurlait de tout son corps et jurait quelle était heureuse,  qu'elle voulait vivre. Elle battait de ses bras, le vent, le vent, le vent... et tout autour d'elle c'était tempête de couleurs et d'humeurs folles et joyeuses, ma mère était à la fête,  elle s'aggrippait aux oiseaux, elle lançait des baisers aux avions, elle montrait sa poitrine aux bateaux, elle rigolait et s'agitait comme un torrent avant sa chute. Le bruit sourd de l'eau frappé contre les roches,  c'était ma mère qui criait et se dénudait pour offrir son corps au vide,  parce qu'elle disait qu'elle allait vivre. Ma mère, nue et couverte de plumes d 'albatros, son dernier costume cousu dans le vent à  dix millimètres de la rampe d'envol. Un dernier sourire, entraperçu comme un éclair,  ses yeux foncés happés, terrible pour un enfant. ...
Ma mère n'était plus. Elle voyageait ailleurs. Elle griffait probablement les nuages, agaçait les traînées d'étoiles,  glissait quelque part encore dans la nuit. .. Vide,  je ne savais plus où chercher l'absence.  Je glissais à mon tour, plus profondément vers le bord, toujours pendu à ses yeux pourtant disparus .. Ma mère s'était perdue,  à deux mètres de moi !  Comme un plongeon fou qui pivote soudainement pour fondre dans les vagues et s'abîmer,  elle bascula sans une larme, et ses grandes ailes, sans même toucher les lames de la mer, se sont cassées comme du verre.  La houle n'a pas pu retenir ses cris tombés,  son dernier éclat fut un baiser claqué sur l'arête d'une vague.
Abattu de frayeur devant ce grand oiseau brisé,  miroir de sa mort, je chuchotais une grimace qui me mordit les lèvres. Muet et dégoulinant, ce sang me venait de la mer. L'oiseau blanc avait disparu sans magie...  L'oiseau blanc...c'était ma mère.
Je saisis brutalement une poignée de mes longs cheveux, et mes larmes coulèrent. Je sus à cet instant qu'il ne me serait jamais plus accordé de sourire....
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Re: Ecriture en vol libre n°1 (proposition de textes)

Message par Pascale la cigale le Jeu 6 Nov - 11:00

« Ca s’arrête là ? « demanda l’homme chauve assis derrière son bureau, refermant mon cahier d’écolier. Il feuilletait une à une les pages suivantes :
« Vous n’avez rien écrit d’autre ? » me dit-il en relevant un sourcil.
C’était ma seconde séance chez le psychologue, un ponte dans son domaine nous avait t-on dit. Notre première rencontre avait eu lieu la semaine précédente et une fois les présentations et questions d’usage balayées en quelques minutes, il m’avait confié un « devoir » selon ses propres mots. Il s’agissait de coucher sur le papier un souvenir marquant, avec mon propre style, au fil de l’eau, sans me relire, d’un seul jet.
Un fois rentré chez moi, la tâche m’avait apparue titanesque. Je n’en étais pas capable de même que je n’étais pas capable de grand-chose, de créer, de communiquer, de rire et même de sourire, d’aimer, de haïr. Puis brusquement, la page blanche s’était adressée à moi, elle hurlait, elle prenait le contrôle et mon stylo inerte dans mes mains avait pris vie. Fébrilement, les mots, les phrases s’étaient enchainés déversant le la feuille à mon corps défendant cet épisode issu d’une mémoire enfouie.
Je fus malgré tout un mauvais élève car malgré les instructions du Docteur LEVANTHAL, je me relus, une fois, deux fois, mille fois. Pourquoi avais-je utilisé ces mots précisément ?  Je n’avais aucun souvenir d’avoir eu la moindre conscience du drame qui se déroulait devant moi, on m’avait retrouvé prostré au bord de la falaise enfermé dans un mutisme duquel je n’étais plus sorti. Mon père avait pourtant fait preuve de toute la patience dont il était capable, me laissant dans un premier temps vivre ma douleur, « faire mon deuil » disait il à ceux qui s’interrogeaient devant mon attitude fermée, mon silence, mon comportement et ma stratégie d’évitement. Lui même, professeur de français au lycée de cette petite ville côtière, se targuait d’avoir des connaissances approfondies en matière de psychologie et ne tolérait que quiconque ne mette en doute le bien fondé de son système éducatif.
Cependant, avec les années, je m’étais recroquevillé encore davantage, refusant toujours non seulement de parler, mais de manger, de grandir, de m épanouir, si bien qu’à l’âge de vingt ans on m’en donnait à peine douze. C’est un collègue de travail de mon père qui, à force de persuasion l’avait convaincu de la nécessité  urgente de consulter un spécialiste. On m’y avait emmené  un après midi, sans que je manifeste ni refus, ni violence, ni entrain, je m’étais assis quand on me l’avait demandé dans ce grand fauteuil de cuir rouge en écoutant mon père exposer la situation.
C’est alors que le médecin m’avait demandé, à défaut de prononcer le moindre mot, d’écrire cette page qu’il venait de lire. Son expression était attentive, calme, à l’évidence il attendait une réponse à sa question. Je ne le regardais pas, je fixais la pointe de mes chaussures sans cligner les paupières, telle une chose molle posée sur son siège.
Sans insister, il me rendit alors mon cahier et s’adressa à moi très doucement, d’une voix feutrée : « Il semble évident que vous ayez choisi ce moyen de communiquer, nous allons donc continuer dans cette voie. J’aimerais que pour la prochaine séance, vous me décriviez votre quotidien, vos pensées, vos envies, éventuellement même vos rêves, au jour le jour, sans filtre ni tabou. Vous en sentez vous capable ? »
Silencieusement, je repris le cahier qu’il me tendait et sortis de son cabinet sans même lui accorder un regard.
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Re: Ecriture en vol libre n°1 (proposition de textes)

Message par Gih le Jeu 13 Nov - 19:13

Alors je me lance moi aussi dans ce récit qui petit à petit prend forme...


Dehors, c’était différent. Le cabinet était froid, étroit, et malgré la multitude d’heures où il était occupé par le médecin, il avait l’air impersonnel. Dehors, le soleil était chaud sur ma peau légèrement halée. Le vent fouettait mon visage. Il me saluait. Moi, j’avais aimé ce vent autrefois. J’avais aimé ses caresses, ses chatouilles, ses fouilles corporelles. Je l’avais aimé, avant…avant de devenir le déclencheur de tout ce que je voulais oublier.
Je promenais le regard sur les rives du fleuve qui serpentaient la ville, sur les passants animés de cette énergie qui m’était désormais inconnue.
Je m’hasardais à faire des pas. Toujours aussi surpris de constater que mes jambes répondaient à mes envies. Je m’avançai dans le trottoir.
Ce n’était pas un refus de ma part. Parler, m’exprimer à haute voix, je ne pouvais pas. J’avais longtemps pleuré, j’avais longtemps hurlé et cela ne m’avais jamais apaisé. J’avais des choses à dire pourtant. Des dizaines de choses, des milliers, des tonnes. Ma tête bourdonnait de ressentis, de pensées, de monologues. Mais ma bouche ne voulait pas des mots et de leur raisonnement mélodieux à l’intérieur de ma gorge.
Je regardai le cahier offert  par le psychologue tout en m’asseyant sur un banc. Voilà quelque chose à laquelle je n’avais jamais songé. L’écriture. C’étaient des mots aussi, mais murmurés à un papier. Qu’elle expérience libératrice. Avoir enfin un être capable de m’écouter sans me juger et sans me poser des questions, sans paraître attristé, blessé, par mon semblant manque de réaction.
Je ne savais pas depuis combien de temps je le regardais fixement lorsque j’entendis une voix qui me demanda si elle pouvait s’assoir. Une vieille dame. Je lui fis signe des épaules de faire à sa guise. Elle s’assit à côté de moi.
Je remarquai au bout de quelques secondes que son corps s’agitait par intermittences. Ses yeux étaient rivés à ceux du mime, en face de nous.
Il lui faisait des signes qu’elle paraissait trouver immensément drôles. Elle essuya une larme qui perlait au coin de son œil, puis se leva et posa sur la casquette posée devant le mime, une pièce. Il la remercia par un baiser silencieux.
Elle partit, nous laissons tous les deux seuls.
Il se tourna vers moi alors. Il essaya de tout. Des gestes les plus simples au plus loufoques. Il mimait des gens qui tombaient, des disputes entre des couples que seul lui était capable de distinguer, des animaux frénétiques… rien. Rien ne me fit réagir ce qui le laissa perplexe. Point de sourires, de grimaces, de soupirs. Rien qu’un masque d’indifférence. Il vint s’assoir sur le banc et posa un doigt ganté sur mon cahier comme que pour me demander ce que c’était. Je levai les épaules. Je ne lui demandais pas non plus pourquoi est-ce qu’il se déguisait en mime.
Je me levai pour poursuivre ma route et je compris alors que je devais intriguer le mime, puisqu’il me suivit, mimant mes gestes, ma façon de marcher, de tenir mon cahier. Lorsque je me trouvais face à un imprévu, comme un chien effréné zigzagant entre mes jambes ou un jeune adolescent qui me bouscula sans ménagement manquant de me faire tomber, il réagissait à ma place, avec les mêmes gestes que n’importe qui de ‘’normal’’ aurait utilisés dans un moment pareille.
Il était mon ombre, et bizarrement, il était ma voix…sans pourtant utiliser des sons, sans pourtant former des mots.
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Re: Ecriture en vol libre n°1 (proposition de textes)

Message par Carca le Mar 17 Fév - 20:50

Je reviens vers ce challenge. ..  j'ai une petite suite qui me trottine dans la tête depuis quelques jours..... Dès que je trouve un créneau conséquent,  je me penche sur son écriture . Le problème  est bein celui-ci en ce moment: le manque de temps  !scratch
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